ES24 : Bled (SLO) – Merano (I)

6 août 2017 : Bled (SLO) – Merano (I)
357km
« Tu peux pas te casser, il pleut… »

RB 06-08-2017

Bonjour cher visiteur venu de la planète Internet!

J’adore ce genre de nuit où tu n’arrives à dormir à cause de :

  • crampes aux mollets
  • la gerbe
  • la chiasse
  • et un sentiment qui te dit que tu vas passer une journée de merde

Sans mauvais jeu de mot.

Pour les crampes au mollet, ça a commencé de bon matin juste en allant ranger les affaires. A côté, un cowboy avait une démarche digne d’une danseuse de pole dance (hein Joyce?).

Arriver à Bled et choper la tourista, faut le faire quand même…

J’essaie de manger encore une fois tout ce que je peux, mais ça ne passe pas (CMBDTC).
Pas grave, je décolle à 7h35 et je file par la même route par laquelle je suis arrivé la veille.

Cette fois, je peux admirer non seulement le lac, mais faire mon touriste de base.
Pour une fois, hein, voilà.

Pas de touriste sauf votre serviteur, ça suffit tout de même pour gâcher la pellicule (celle que j’ai dans mes cheveux).

Le château qui surplombe le lac, l’église sur la petite île, non, n’en jetez plus, c’est trop moche, je m’en vais tout de suite.

A tel point que je fais le tour quasi complet du lac et me charge le neurone d’images. La route est cependant très étroite (CTC) et l’est d’autant plus quand on rentre plus profondément dans les terres.

Ainsi, on rentre avec douceur dans le Parc du Triglav.

Parc du Triglav qui, lui aussi, est absolument abominable (ou « ah, beau, minable »).

Arrivé à Jesenice, je prends la route E61 et vais en direction de Kranjska Gora, une des principales stations de ski slovène et haut lieu du ski alpin mondial.
J’étais déjà passé par là pendant une bike week en 2015.

J’avais ensuite pris la direction du col de Vršič, surnommé le Stelvio Slovène avec ses 51 épingles pavées.
J’hésite grandement à le refaire.
Mais non, ce n’est pas raisonnable, ça rallongera et puis vu l’état dans lequel je suis…

DCIM111DRIFTMême Leslie me retient avec ses sangles de ne pas le refaire.

DCIM111DRIFTOn se contentera d’admirer de loin!

C’est parti pour grimper le Wurtzenpass.
Ce dernier marque la frontière entre la Slovénie et l’Autriche.
Après avoir dépassé les mous en camping-merde, je lâche l’écurie pour ne pas être victime de cette vague l’âme qui me prend aux tripes.
De quand ça date? Dès les premiers hectomètres, vraiment, je me dis que dans deux jours et demie, je suis à la maison.

DCIM111DRIFTAdieu Slovénie, adieu Europe Centrale et de l’Est… et merci.

Arrivé au poste-frontière, c’est plaisant de ne pas avoir à montrer patte blanche et de ne pas attendre des plombes pour continuer sa route.
Puis bon, pour une fois que la température est bonne, bonne, bonne…

DCIM111DRIFTEt re-bonjour Europe Occidentale!

D’ailleurs, je me souviens bien de cette section à 18% pendant 200m, cette fois-ci ce sera en descente. A noter le panneau qui dit de rétrograder de 4 en 1 :p
Ah oui, là, tu vas avoir les roustons collés au réservoir si tu fais ça ^^
Puis le tank n’a pas bougé de place depuis 2 ans!

Une fois descendu ce col via la route 109, il est temps de rejoindre la route 111.

Elle nous suivra tout du long (ou nous la suivrons plutôt, dans la logique des choses) de notre incursion en Österreich, ja wohl!

Comme déjà dit la veille, on attaque les 3 jours alpins de l’Expé, histoire de bien se torcher et de finir sur les rotules.

Haha.

Attendez demain…

L’Autriche est un pays que j’adore, notamment le Tyrol (comme un goret vu la qualité du goudron).
Les routes sont sympas, je retrouve aussi avec grand plaisir ces maisons aux balcons fleuris de fleurs rouges, ces maisons en bois, les dames en costume traditionnel, les routes dégueulasses et qui n’ont rien à montrer.

La preuve, en images, sans commentaires.

Le beau temps est de la partie, quoiqu’un peu nuageux. Parfait, ça apporte de la dramaturgie à mes photos.
Mais pas que.

No spoil.

D’abord, c’est pause pose photo.

DCIM111DRIFTOn met le retardateur et…

_IMG5545Ça donne ça!

Oui, clairement, le moral est au beau fixe bien que j’ai des maux de mollet et de bide sans nom.
Bon, de temps en temps, les courbes sont piégeuses, les virages sont en aveugle et la route se rétrécit de moitié, mais j’adore! Puis en forêt, il fait vraiment bon, ça change de ces derniers jours!

DCIM111DRIFTQuelle idée brillante j’ai eu de passer ici!

Puis jusqu’à la frontière italienne, je retrouve du roulant et les drapeaux tricolore (pas le notre) se font de plus en plus présents.

DCIM111DRIFT

Puis truc tout con, avant de passer la frontière, je remplis RAS-LA-GUEULE Leslie d’essence côté Autrichien.
35cts d’€ de différence en faveur des germanophones, tu ne réfléchis pas deux fois.

Sauf qu’à peine passé la frontière, c’est un ENORME bordel. Tout le monde est arrêté, ça n’avance pas. Je vois au loin toutes les bagnoles et me dis…

Va falloir en refaire.
Le truc qui ne me manque d’ancien parisien.

L’interfile.

Pendant 10km.

DCIM111DRIFTC’est sympa le remonte-file, surtout quand tu stoppes à côté de… cette magnifique A4 Avant.

Et à juste 500m de l’entrée de San Candido, nom prédestiné car je souhaiterais passer par le Parc des Trois Cîmes, je peux dire

DCIM111DRIFTMerci le poisson pilote avec gyrophares ^^

Sauf que… la SS51 est fermé.
En bon gland que je suis, je m’enquiers des raisons.

« Éboulements dûs aux orages de la veille, il y a what mille troncs sur la route, les torrents débordent et il y a des morts. » me dit le policier qui fait la circulation.
Olé.
Ça promet.

Donc pour rejoindre Cortina d’Ampezzo, va falloir trouver un autre chemin.

DCIM111DRIFTS’il y a ça sur les routes, avec escorte de la Polizia, c’est que ça a sacrément bardé la nuit dernière.

Mon GPS pourtant à l’info-trafic et tient à me faire passer par la SS51.
Mais ta gueule putain!
Ah c’est bien le GPS, mais des fois, c’est aussi têtu que votre serviteur!

Je vois sur un panneau « Passo Furcia ». Je check, c’est bon, je peux récupérer ma route, mais pour faire le Passo Falzarego, j’aurai un détour. Puis après, on reprend la route normale pour le Passo Pordoi.
Pas dramatique, en soi, je ne suis plus à ça.

Enfin… quoique, j’ai un sale sentiment.

_IMG5557Hmmmm, je n’aime pas ça…

_IMG5558Mais alors pas du tout du tout…

Je fais ma photo pour le défi estival du groupe et par précaution, je stoppe pour passer les affaires de pluie.
Pour la première fois de l’Expé.
Au 25ème jour.
Pas de Grand Chelem, hé merde.

Je demande quand ça va tomber aux anciens, à San Virgilo.

DCIM111DRIFTSi, ça va pleuvoirrrré dans…

DCIM112DRIFT…15 secondes. Putain.

Hé de là, ça va être juste une boucherie sur la SS244.
Pourtant, Dieu sait que j’ai déjà roulé dans des conditions de merde (genre l’Expé Alsace-Vosges 2013 par exemple).

Là, ça dépasse l’entendement. Ça tombe très fort, mes gants et mes bottes en 30 secondes sont remplies d’eau.
Les binoclards vont comprendre quand je dis que de la buée se forme sur les carreaux et que tu ne vois rien.
Mon PinLock est limite là pour faire joli, je navigue à vue à maximum 50km/h.

Plus j’avance, plus c’est pire.

Jusqu’à une nouvelle file de bagnole que je remonte et là…

DCIM112DRIFTÇa sent la merde… et pas que dans mon slip.

Plus qu’à sortir le canif (non, pas le ptit fien), mon 43 fillette trempé, mes mains de nain en chantant « Hey ho, hey ho, on bûche sous l’eau » afin de découper ce qui est possible de branches pour passer.
Au moins les motos.
Les BAReux, eux, restent tapis dans leurs boîtes de conserve et nous regardent faire comme des cons.
Pas un viendra nous filer la main pendant 10 minutes.
Donc, ben, on ne vous dégagera pas le passage, merde.

DCIM112DRIFTAllez, on pousse et ça passe (CMBDTC).

A cet instant, tu sens la puissance de la solidarité motarde car on était environ 5-6 et on s’est tous filés la main pour passer nos meules de part et d’autre des branches. Sous ce drain monumental.
Cette Expé sera épique jusqu’au bout.

Et ça pique. Surtout quand tu penses que la veille tu sirotais un coca en terrasse par 35°C.

C’est inhumain, il fait 7°C, ça tombe encore plus fort.
Là, je prends une décision qui va à l’encontre du premier principe de Papy à moto: « Quoi qu’il advienne, avance. »

DCIM112DRIFTPremière fois que ça m’arrive. Bordel, je vieillis…

Oui, je m’arrête à l’abri d’une station, à La Villa Stern, non loin de Badia.
Je tiens à peine sur mes jambes, je suis trempé, malade… et j’arrive encore à sortir des blagues au couple de motards allemands qui s’arrête à la station.
Je ne sais pas où est plaquée cette énergie, mais au quotidien au boulot, elle pourrait me servir à sortir plus vite du pageot!

Je paramètre le GPS pour tirer au plus court sur Merano, je n’en peux plus.
Deuxième principe de Papy à moto : « Quoi qu’il advienne, tu feras ton roadbook au complet. »

Bafoué.

Sauf que surprise, j’ai quand même un grand col à passer : le Passo Gardena, culminant à… 2121m d’altitude via la SS243.

Allez, petit exercice de mathématiques/physique.

Soit T, la température ci-séant d’une valeur de  7°C.
Soit a l’altitude infinitésimale à laquelle nous nous trouvons, ici 1416m d’altitude

Q1 : quelle équation régit T(a), sachant que T décroit de 1°C tous les 100m?
Q2 : en déduite la valeur T(2121).

Vous avez 4… secondes.

Le temps que je dégage mes gants car je ne ressens plus rien.

Une (petite, PCMB) accalmie se dessine, il n’en faut pas plus au couple et à ma pomme pour décarrer fissa, papa.

L’ascension du point culminant de la journée sera le pinnacle, le glou du zbectable, le bouquet final, la chérie sur le puddingue, bref… la peau, té. Ose!

Et oui, on va oser et se gêler la peau dans la montée du Passo Gardena.
Je ne vois rien des paysages, les photos ci-dessous montrent vraiment ce que je vois, ce que je sens, ce que je vis.
Je vous fais grâce des bourrasques de vent, de la neige fondue, de la pluie qui te frappe le museau et de cette température qui baisse inexorablement.
Sans oublier nos fameux mous du zgeg qui se traînent lamentablement l’andouillette dès qu’il y a une gouttelette ainsi que… nos bus qui ne peuvent pas se croiser.

L’apocalypse, no… pire.

A un moment je hurle dans le casque!
Aussi fort que le tumulte du torrent juste à côté, c’est dire! Même une Joyce gueule moins fort!
En je ne sais quelle langue, un mélange sûrement de français, d’italien, d’anglais, de patois bugiste ou de serbe, tout ça pour me concentrer et lâcher ma déception de ne pas voir ces beaux paysages.

Je suis à bout, je ne me rends même pas compte que je suis à la station de Val Gardena.
J’ai qu’une envie, en finir.

Arrivé à Bolzano, j’enquille la SS38 pour arriver au plus vite. Il ne pleut plus, c’est déjà une bonne chose, mais je suis frigorifié. Les kilomètres ne passent pas, seule passe la vue de ces nuages qui lèchent les sommets environnant.
Pour parachever l’horreur, mon Scala n’a plus de batterie.
Plus de musique, plus de guidage vocal du GPS. Ce qui me maintient éveillé en somme.
Et la Drift a rendu l’âme, trempée jusqu’aux condensateurs (faute… d’eau hahahahahaha je divague complet).

Oh vivement qu’on arrive sérieux…

Merano, enfin.
J’hésite à m’arrêter au McDo.
Non, je préfère arriver au gîte, me réchauffer et prendre une longue douche.

La moto est posée, je suis lessivé (sans le savon).
Je prends ma chambre d’hôtel, n’arrivant pas à arquer des pas sans manquer de me casser la gueule dans les escaliers, grelottant d’adrénaline, de stress et de froid.

Je prends ma douche, je fais sécher mes gants, mes bottes, ma veste, mon pantalon… espérons que demain ce soit sec.
Je m’allonge et m’endors aussi sec (ou aussi trempé, c’est selon).
Je n’ai pas faim.

C’est LA journée galère de l’Expé.
Celle que je ne voulais pas avoir.
Celle que je craignais qui arrive.
Celle où quand tu voyages seul, tu ne peux compter que sur toi.
Celle qui laisse des traces.
Celle qui te vide.

Troisième principe de Papy à moto : « Quoi qu’il advienne, au bout, tu iras. Même de toi. »
Celui-ci, je l’ai respecté.

Prochain arrêt : Littau en Suisse est à venir!

8 réflexions sur “ES24 : Bled (SLO) – Merano (I)

  1. Hervé Nobel dit :

    Ben voilà… c’était pas trop méchant ! (Arf arf arf…)

    Tu ne vas pas aux Millevaches, ce ouique-end,, par hasard ? Parce qu’il va falloir changer de braquet, au niveau équipement. (-3/-6 de prévu + de la blanche en couches conséquentes). Et tout sous la guitoune..
    Et accessoirement j’aurais été ravi de te serrer la louche.

    Je persifle, comme ça, mais me suis trouvé dans bien pire, comme situasse, t’inquiète…
    Ce qui est normal, vu mon grand âge.

    Courage, le Bugey est à un jet de pierre…

    J'aime

    • Papy dit :

      Ouais tout est relatif hein ^^
      Bah, ça fera pour tous les autres jours où je n’en ai pas eu.

      Hé non, pas prévu du tout de monter au Plateau ce weekend car je suis bien pris d’un point de vue personnel.
      La moto est remisée depuis 1 mois déjà de surcroît…
      Ça aurait été avec plaisir que de te rencontrer aussi !

      Le Bugey est en vue, mais le pire est à venir dans le prochain épisode…

      J'aime

  2. Cléa Cassia dit :

    « Très étroite » CTC, et pourtant ça « rentre avec douceur »… Et je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de CMB juste ici (petite forme non ?).

    Oui c’est ce que je relève de cet article^^

    Du coup maintenant tu peux répondre à cette question cruciale : quitte à choisir, il vaut mieux plusieurs jours à 40°C ou un gros jour de pluie pour l’expé ?

    Tu as 2h.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s